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Jeûne et endométriose : qu’en penser ?

Temps de lecture : 15 minutes

On peut lire ici et là que « jeûner pendant ses règles peut s’avérer une très bonne idée » notamment pour diminuer les troubles intestinaux et les douleurs. Et, de manière plus générale, énormément d’articles de presse et de témoignages ventent les bienfaits du jeûne intermittent sur la santé, le métabolisme et la réduction des symptômes de nombreuses maladies chroniques.

Mais est-ce le cas pour l’endométriose ? Est-ce que le jeûne intermittent est une vraie bonne solution pour soulager les symptômes de l’endométriose et agir sur la maladie ? J’ai trouvé important de mener ma petite enquête. Je vous emmène avec moi pour démêler le vrai du faux. 

Rappel sur le fonctionnement du cycle menstruel féminin 

La GnRH, ou hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires, désigne une neurohormone sécrétée par l’hypothalamus, une petite glande située dans le cerveau.

Elle agit sur la glande pituitaire qui elle-même contrôle la libération des hormones FSH (hormone folliculostimulante) et LH (hormone lutéinisante). La FSH et la LH contrôlent quant à elles le cycle hormonal (par la production des œstrogènes et de la progestérone).

schéma descriptif du fonctionnement du cycle menstruel féminin avec effet des hormones sur utérus et ovaires
SOURCE Eric Lacouture

L’hormone précurseur de la GnRH s’appelle la kisspeptine. La kisspeptine est produite en grande quantité chez la femme et elle était particulièrement sensible aux hormones de la faim et notamment de la leptine (hormone de la satiété), la ghreline (hormone de la faim), l’insuline (hormone qui régule la glycémie et permet le stockage des graisses) ainsi que du cortisol (hormone du stress).

Toutes ces hormones jouent un rôle crucial dans l’ovulation, le cycle menstruel mais aussi sur l’endométriose, ses symptômes et son développement.

Jeûne alimentaire et corps humain : quelques explications 

Qu’est-ce que le jeûne ?

Une pratique qui a toujours existé

Physiologiquement, l’être humain est tout à fait capable de survivre sans manger ou en mangeant moins pendant quelques jours, en témoignent les périodes de famine ou de guerre. D’un point de vue médical, la période de jeûne commence six heures après le dernier repas. La privation de nourriture déclenche naturellement des mécanismes d’adaptation physiologique.

Loin d’être un phénomène de mode, le jeûne trouve ses origines dans les traditions religieuses (Carême, Ramadan, Kippour, etc.). et plus largement spirituelles. Depuis la Grèce antique, le jeûne est considéré comme un outil aux vertus purificatrices sur le corps mais aussi sur l’esprit. Jeûner c’est se priver momentanément de quelque chose qui nous est nécessaire ou très agréable pour se donner le temps de retrouver l’essentiel. Il est un moyen de « se nettoyer » l’âme et le corps.

Le développement du jeûne thérapeutique 

La pratique du jeûne pour ses vertus thérapeutiques s’est développée à la fin du XIXème siècle.

« Le jeûne thérapeutique consiste à s’abstenir de tout aliment (solide ou liquide) à l’exception de l’eau pendant une période plus ou moins longue afin d’améliorer sa santé, soit pour diminuer les symptômes de maladies, soit pour les prévenir. Certains types de jeûnes, dits partiels, proposent d’intégrer un apport calorique extrêmement faible (inférieur à 300 kcal par jour) par la consommation de bouillons, jus de fruits ou de légumes, mais sans apport alimentaire solide.

À ce jour, en France, le jeûne à visée préventive ou thérapeutique n’est pas proposé dans un cadre médicalisé alors que dans d’autres pays (Allemagne, Russie, États-Unis, etc.), il existe des structures médicalisées qui proposent la pratique du jeûne sous surveillance médicale. Le plus souvent, le jeûne effectué sous encadrement médical est un jeûne partiel qui ne dépasse pas quelques jours (1 semaine maximum). Il peut être proposé à visée préventive ou thérapeutique. » Source : Le jeûne à visée préventive ou thérapeutique

Le jeûne est de nos jours de plus en plus utilisé comme un outil thérapeutique pour lutter contre l’inflammation, les maladies chroniques comme le diabète ou l’obésité. Cette affirmation se fonde notamment sur une des conséquences du jeûne qui est de réduire la quantité de calories consommées. Un très grand nombre d’études réalisées au cours des dernières années ont en effet clairement montré que la restriction calorique (sans carence en vitamines et minéraux essentiels) augmente de 30 à 50 % la durée de vie de plusieurs organismes simples comme les levures, les mouches drosophiles et les vers, de même que celle d’animaux plus complexes comme les rongeurs. Une étude publiée dans Nature en 2016 a aussi montré que ce jeûne s’accompagne d’une diminution des dommages à l’ADN[i].

L’excès calorique, fréquent dans le monde occidental, a été associé à une inflammation chronique systémique de bas grade (Lumeng et Saltiel, 2011) et contribuerait à de nombreuses maladies, notamment le syndrome métabolique, la stéatose hépatique non alcoolique, le diabète sucré de type 2, l’athérosclérose, les maladies cardiovasculaires, les maladies d’Alzheimer et de Parkinson etc. (Haslam et James, 2005, travaux de Longo – chercheur et fondateur de l’USC Longevity Institute, en Californie,et Mattson, chef du laboratoire de neurosciences au National Institute on Aging). Les maux actuels, comme l’obésité, le diabète et un certain nombre de maladies chroniques seraient entre autres dus à notre société actuelle d’abondance.

Cette société dans laquelle il y a de la nourriture accessible tout le temps et partout peut pousser à manger plus souvent. Nous avons tendance à grignoter régulièrement dans la journée, à boire des boissons sucrées et un certain nombre d’entre nous prennent une dernière collation juste avant de se coucher.

Or, avant de pratiquer le jeûne (dont nous allons parler juste après), je voudrais rappeler quelques principes de bon sens à mettre en place pour éviter d’’excès calorique :

  • beaucoup de gens n’écoutent plus leur corps et les signaux de satiété qu’il envoie (avant de jeûner, il est important d’apprendre à arrêter de manger quand je n’ai plus faim) ;
  • d’autres personnes (et cela peut être les mêmes que celles qui n’écoutent pas les signaux de satiété) n’écoutent pas les signaux de faim (avant de jeûner il est important d’apprendre à manger uniquement quand on a faim) ;
  • Enfin, la plupart d’entre nous sommes coincés avec la croyance qu’il faut absolument « finir son assiette ». En réalité, si nous n’avons plus faim nous ne sommes pas obligés de finir notre assiette, mais devons apprendre à mieux évaluer notre faim et nous servir moins la fois suivante.

Qu’est-ce que le jeûne intermittent ?

Centrons-nous maintenant sur le jeûne intermittent proprement dit.

Le jeûne intermittent consiste à ne pas manger sur une période courte et de manière régulière.

Il existe plusieurs formats mais les deux plus connus sont :

  • le jeûne 16/8, qui consiste à étaler ses repas sur 8 heures pendant la journée et à jeûner les 16 autres heures. Ce qui revient par exemple à manger exclusivement de 12 à 20 heures ou de 8h à 16h selon vos préférences.
  • le jeûne de 24h, à réaliser 1 ou 2 jours par semaine, de préférence le même jour à chaque fois.
  • Le fait de pas manger entre 20h le soir et 8h le lendemain matin n’est pas considéré comme un jeûne intermittent : c’est un comportement alimentaire normal.

Les impacts du jeûne sur le corps humain 

Pendant le jeûne, le foie utilise le glucose stocké dans les réserves de graisses. Réduire les apports caloriques peut alors se traduire par une sensation : 

  • de fatigue 
  • de faim 
  • de diminution de la vigilance et des performances 

Parmi les mécanismes impliqués, on note une amélioration de la sensibilité à l’insuline, une diminution de l’inflammation ainsi que l’élimination des cellules dysfonctionnelles (autophagie) et leur remplacement par de nouvelles cellules plus performantes. 

Réduction de l’inflammation 

Une étude de 2018 indique que le jeûne intermittent peut aider à lutter contre l’inflammation en diminuant le niveau de certaines cytokines inflammatoires, qui sont de petites protéines sécrétées par les cellules immunitaires et qui peuvent provoquer des inflammations et des douleurs. Une autre petite étude de 2019 a révélé que le jeûne peut réduire l’inflammation et améliorer les maladies inflammatoires chroniques. 

Cependant, les mécanismes moléculaires par lesquels un apport calorique réduit ou le jeûne modulent l’inflammation systémique restent mal compris. Parmi ceux-ci, on peut lister : 

  • Le jeûne réduit le nombre de monocytes circulants chez les humains et les souris en bonne santé.ii 
  • Le jeûne réduit également l’activité métabolique et inflammatoire des monocytes. 
  • La détection de l’énergie hépatique régule le nombre homéostatique de monocytes via la production de CCL2. 
  • Le jeûne améliore les maladies inflammatoires sans compromettre l’immunité antimicrobienne. 

Augmentation de la sensibilité à l’insuline 

Différentes étudesiii montrent que les personnes pratiquant le jeûne intermittent auraient un meilleur contrôle glycémique, ainsi qu’une diminution de l’hémoglobine glycolée. Ainsi, une étude de 2014 a montré que huit à douze semaines de jeûne intermittent entraînaient une réduction de 3 à 6 % de la glycémie et de 20 à 31 % de l’insuline chez les personnes atteintes de prédiabète. La glycémie a un impact sur la production d’insuline, qui a elle-même un impact sur les ovaires. Comme les ovaires sont sensibles à l’insuline, lorsque la glycémie augmentent la production d’insuline augmente, sursollicitant les ovaires, qui vont produire un surplus d’œstrogènes (ou un surplus de testostérone). 

Une plus grande résistance à l’insuline est également source d’inflammation. 

Réduction du stress oxydatif 

Différentes études scientifiquesivv vimontrent que le jeûne aurait un impact sur le stress oxydatif. Le fait de jeûner augmente la capacité anti-oxydante totale du corps et diminue les taux de malondialdéhyde (un marqueur de l’oxydation des lipides). Pour rappel, le stress oxydatif est défini par l’ensemble des agressions causées aux cellules de notre corps par des molécules dérivant de l’oxygène. Les plus connus de ces substances néfastes aux constituants de nos cellules sont les radicaux libres. 

Un taux de stress oxydatif élevé est un facteur péjoratif dans de nombreuses pathologies. Il est le témoin de l’agressivité de la maladie. Les liens sont aujourd’hui clairement établis entre la sévérité d’une maladie et un stress oxydatif élevé. 

Augmentation de l’autophagie

L’autophagie est la capacité du corps à éliminer les cellules dysfonctionnelles. Les mécanismes d’autophagie permettent la régénération cellulaire, peuvent aider à ralentir le vieillissement ainsi que certains phénomènes d’oxydation. 

Les études sur le jeûne ont montré qu’il permettrait d’augmenter les capacités d’autophagie du corpsvii 

Schéma de l'impact du jeûne intermittent sur le fonctionnement hormonal et les maladies chroniques
Source : Patterson RE. Annu Rev Nutr.2017Patterson RE. Annu Rev Nutr. 2017

Jeûne intermittent et endométriose : qu’en penser ? 

Ces différents avantages semblent particulièrement intéressants pour l’endométriose : 

  • La réduction de l’inflammation permettrait de soulager les douleurs et de potentiellement ralentir le développement de la maladie (l’inflammation est une des causes de développement de l’endométriose) 
  • Une baisse du stress oxydatif permettrait également de ralentir l’évolution de la maladie car certaines études ont démontré que les femmes atteintes d’endométriose avaient un taux de stress oxydatif plus élevé que les autres femmes. 
  • L’augmentation de l’autophagie serait un grand atout également pour aider dans la lutte contre les lésions d’endométriose. 

Dans le même temps, beaucoup de témoignages de femmes parlent des bienfaits que leur a apporté le jeûne menstruel sur leurs douleurs de règles. 

L’endométriose possédant un certain nombre de mécanismes physiopathologiques qui permettent de la classer dans la catégorie des maladies auto-immunes au même titre que le diabète ou Alzheimer, il semble particulièrement intéressant d’introduire le jeûne comme outil pour soulager les symptômes de la maladie voire freiner son développement. En réalité, les mécanismes sont plus complexes. 

Les impacts du jeûne sur le métabolisme féminin 

La première chose extrêmement importante à souligner dans le cadre de cette réflexion est que la très grande majorité des études présentées dans la première partie de cet article ont été faites sur les animaux ou sur les personnes de sexe masculin.  

Les études cliniques sur l’impact du jeûne sur la santé féminine et le cycle menstruel sont très rares, notamment parce que les études sur le jeûne sont faites principalement sur les hommes, les femmes ménopausées, les femmes en surpoids ou les animaux. Il semble en outre que la nature cyclique de la femme et l’évolution de nos hormones au fil du cycle rendant la standardisation des études très complexe. Enfin, la majorité des études ont pris comme base un jeûne de 24h durant deux à trois jours et non un jeûne intermittent. 

Ensuite, il est bien connu que les troubles du comportement alimentaire et notamment le fait d’avoir un régime alimentaire trop strict peuvent entraîner une absence des règles (cas des troubles du comportement alimentaire chez les jeunes femmes). La cause est qu’une réduction drastique de la masse graisseuse provoque une diminution des œstrogènes et donc une disparition de l’ovulation.  

L’impact de notre manière de nous alimenter sur notre équilibre hormonal et donc sur le cycle menstruel n’est donc pas à démontrer. Il semble que les femmes soient donc plus sensibles que les hommes concernant les effets du jeûne. 

L’impact du jeûne sur le cycle menstruel

Même si une grossesse n’est actuellement pas envisagée – le corps se prépare chaque mois comme s’il pouvait y en avoir une. Le système reproducteur féminin est capable de supporter une grossesse à partir des premières règles jusqu’à la ménopause. Les femmes ont besoin d’une certaine quantité d’énergie et de nutriments, obtenus à partir de la nourriture et stockés sous forme de graisse, afin d’assurer une grossesse saine. Si le corps détecté que les réserves d’énergie sont faibles, il est capable de « désactiver » nos cycles reproductifs afin qu’une grossesse ne se produise pas. 

Quels sont les liens entre la manière de s’alimenter et le cycle menstruel ?

Ainsi, le jeûne intermittent a un impact sur l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique (HPG). L’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique est constitué de trois glandes (hypothalamus et hypophyse dans le cerveau et gonades/ovaires). Il contrôle le cycle menstruel par le biais de la production des différentes hormones féminines. Cela signifie que le jeûne va avoir un impact sur le fonctionnement du cycle menstruel de la femme par le biais d’une action sur les hormones reproductrices féminines. Explications. 

Le jeûne intermittent induit un stress dans le corps des personnes qui le pratique par le biais de la chute de la glycémie et de son impact sur l’insuline (la science n’a pas encore expliqué les choses en détail mais cela pourrait avoir un lien avec la kisspeptine, une molécule utilisée par les neurones pour communiquer entre eux). Ce stress est considéré par le corps comme un danger pour sa survie (comme d’ailleurs un sommeil insuffisant, un excès d’effort physique ou une charge mentale et émotionnelle trop forte). Comme la reproduction et la survie doivent être coordonnées et équilibrées, l’axe HPG est capable de moduler (et d’être modulé par) la signalisation des hormones de stress, notamment la corticostérone, provenant de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA). Les surrénales sont de petites glandes situées au-dessus des reins qui gèrent notamment les hormones du stress. 

Le stress, y compris le stress psychologique, peut avoir un impact négatif sur la reproduction chez de nombreuses espèces de mammifères, dont l’espère humaine. Chez les femmes, le stress peut perturber la cyclicité ovarienne, ainsi que la synthèse et la sécrétion des gonadotrophines (hormones agissant sur les ovaires, qui sont sécrétées par l’hypophyse dans le cerveau : FSH et LH) en amontviii

Lorsque la pratique du jeûne intermittent entraîne des carences en nutriments ou provoque une hypoglycémie prolongée, une étude (Kumar et al. menée sur des souris) a montré qu’elle peut avoir un impact sur l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique et donc perturber la production d’hormones sexuelles. Soumises à un jeûne tous les deux jours, ce qui représente jusqu’à 40 % de réduction de l’apport calorique, les souris ont connu des changements significatifs dans le poids corporel, la glycémie, la cyclicité œstrale et les taux sériques d’estradiol, de testostérone, d’hormone lutéinisante et l’expression de la GnRH. 

Les études animales montrent qu’après 12 semaines de jeûne intermittent, les souris femelles avaient des niveaux réduits de FSH et de LH et ont cessé d’avoir des cycles menstruels et leurs ovaires ont rétréci tout en éprouvant plus d’insomnie que leurs homologues mâles (bien que les rats mâles aient connu une production de testostérone plus faible). 

La baisse de la FSH et de la LH ont un impact sur le taux d’oestrogènes sécrétés par les ovaires. Par ailleurs, durant une période stressante, la progestérone circulante est convertie en cortisol. Donc plus de cortisol signifie moins de progestérone, et inévitablement une dominance en œstrogènes.  

Certaines études ont également montré que les effets étaient d’autant plus marqués sur des femmes minces (ayant moins de 20 % de graisse corporelle) avec disparition des règles et absence d’ovulation. 

Le jeûne impacte aussi le cycle menstruel par le biais d’une modification des rythmes circadiens

Une autre étudeIX a été menée sur une population féminine pour déterminer l’impact du jeûne mené pendant le Ramadan.  Pendant le ramadan, les individus s’abstiennent de manger et de boire de l’aube au coucher du soleil, tous les jours. Ce mode d’alimentation peut affecter les cycles hormonaux reproductifs de manière directe mais aussi indirecte par la perturbation des rythmes circadiens et des rythmes de sommeil, d’autant plus que s’abstenir de manger et de boire pendant la journée va à l’encontre des modes d’alimentation qui favorisent des rythmes circadiens sains. Il est bien connu que les cycles menstruels affectent le rythme circadien par le biais des hormones sexuelles comme les œstrogènes. Par exemple, les rythmes diurnes de la mélatonine et du cortisol changent tout au long du cycle menstruel. D’autre part, la perturbation des rythmes circadiens est également associée à la perturbation du cycle menstruel. Par exemple, le travail posté augmente les irrégularités du cycle menstruel des infirmières. 

Cette étude confirme que les anomalies menstruelles, y compris l’oligoménorrhée, la polyménorrhée et l’hyperménorrhée, augmentent pendant le Ramadan, surtout chez les participantes qui jeûnent depuis plus de 15 jours. Ainsi, 11,3 %, 30 % et 16,3 % des participantes avaient un cycle menstruel anormal respectivement trois mois avant le Ramadan, pendant le Ramadan et trois mois après le Ramadan. L’étude a permis de montrer que les anomalies menstruelles atteignent leur maximum pendant le mois de Ramadan et que trois mois après le Ramadan, elles diminuent mais ne reviennent pas à leur état antérieur. 

L’impact du jeûne intermittent sur la santé de la femme

Le jeûne intermittent de plus de 12h, les régimes avec restriction calorique ou encore pauvres en glucides (de type cétogène) peuvent chez la femme : 

  • augmenter les micro-carences nutritionnelles à moyen long terme. Ces déficits, même minimes, s’ils se poursuivent dans le temps, finissent par perturber le bon fonctionnement de l’organisme et notamment le fonctionnement hormonal et immunitaire. 
  • augmenter le taux de cortisol, 
  • diminuer légèrement les hormones thyroïdiennes 
  • réguler légèrement à la baisse les hormones sexuelles. 

De plus, lorsque les hormones de la reproduction sont perturbées, différents problèmes peuvent survenir en fonction de la sensibilité des femmes aux irrégularités hormonales et notamment : 

  • des irrégularités du cycle menstruel (symptômes que l’on retrouve lors d’une hypothyroïdie) 
  • de l’infertillité ou une difficulté à tomber enceinte 
  • une aménorrhée (arrêt des menstruations) 
  • des symptômes généraux de déséquilibre hormonal (SPM, acné, mauvaise humeur, problèmes de poids, faible libido, SOPK) 

La santé du système reproducteur est d’une importance cruciale pour leur bien-être général féminin. En effet, les hormones sexuelles sont indispensables pour la solidité des os, la protection contre le cancer, l’humeur, l’énergie et la vitalité, la libido, la santé de la peau et des cheveux et bien d’autres choses encore. La qualité du cycle menstruel est aujourd’hui considérée par certains médecins comme le 5e signe clinique de vitalité (avec le pouls, la température, le rythme de la respiration et la pression artérielle). 

Les avantages et inconvénients du jeûne intermittent pour l’endométriose : le match 

On le voit, le fait de pratiquer le jeûne intermittent peut avoir des conséquences importantes sur le cycle menstruel, l’équilibre hormonal et la bonne santé de la femme.  

Lorsque l’on regarde la problématique du jeûne plus spécifiquement sous l’angle de l’endométriose, voilà les avantages et les inconvénients. 

AvantagesInconvénients
1. Soulagement des troubles digestifs (jeûner avant les menstruations peut soulager les ballonnements, diarrhées et douleurs que certaines femmes connaissent avant ou pendant les règles) 
2. Réduction de l’inflammation (l’inflammation est à la fois responsable de nombreux symptômes (douleurs, problèmes digestifs, problèmes urinaires) mais aussi un des facteurs de développement de la maladie) 
3. Baisse du stress oxydatif. 
4. Meilleure sensibilité à l’insuline. 
1. Perturbations de l’équilibre hormonal avec déficit en progestérone. 
2. Augmentation de la fatigue chronique par épuisement des surrénales et carences en nutriments. 
3. Perturbation de la thyroïde. 
4. Affaiblissement du système immunitaire indispensables pour soutenir les processus de réparation ou de nettoyage des lésions à cause des carences en nutriments. 

A mon sens, il faut faire très attention avec cette pratique qui peut être privative pour le corps alors qu’avec l’endométriose nous avons chacune besoin de nous “nutrir” en profondeur. Je sais que j’utilise un mot qui n’existe pas mais je sais aussi qu’il a beaucoup de sens et que chacune de vous le comprendra. L’idée n’est pas seulement de remplir son corps pour apaiser la faim mais d’apporter au corps tout ce dont il a besoin pour lutter contre les lésions d’endométriose, pour soutenir le système immunitaire, pour optimiser l’équilibre hormonal, etc. 

Si je veux tout de même jeûner avec l’endométriose, comment faire ? 

Il est difficile d’élaborer des directives universelles concernant le nombre de jours de jeûne intermittent par mois, par exemple, qui seraient sans danger pour prévenir toute modification du cycle menstruel. D’une part, les cycles menstruels sont très variables d’une personne à l’autre. Si une alimentation modérément restreinte dans le temps (environ 12-14 heures par jour ou moins) ou des périodes de jeûne occasionnel de moins de 24 heures sont probablement sans danger, la qualité du régime alimentaire, l’apport calorique et l’IMC sont susceptibles de déterminer les impacts du jeûne intermittent et des régimes cétogènes sur la santé reproductive. 

Dans tous les cas, il faut éviter le jeune intermittent si vous souffrez : 

  • du diabète, 
  • un dérèglement hormonal identifié, 
  • un cycle irrégulier ou une aménorrhée depuis plusieurs mois, 
  • des troubles du sommeil, 
  • une libido très faible ou absente, 
  • si vous êtes en sous poids ou que vous souffrez de troubles du comportement alimentaire, 
  • si vous êtes enceinte, si vous nourrissez votre enfant au sein ou si vous planifiez une grossesse. 

Ensuite, des recommandations à suivre : 

  1. Préférer jeûner sur la période entre les règles et l’ovulation et éviter la période entre l’ovulation et les règles : Les études sont concordantes sur le fait de ne pas jeûner entre l’ovulation et le début des règles car cela induit un stress pour le corps dans une période où hormonalement il n’est pas en mesure de le supporter. Durant la phase lutéale, les taux d’œstrogènes sont beaucoup plus bas, ce qui induit une sensibilité plus importante au cortisol (l’hormone du stress). Il est préférable de jeûner au moment de la phase pré-ovulatoire (phase folliculaire). C’est en effet la période pendant laquelle les hormones féminines sont plus stables, et c’est un moment idéal pour diminuer l’insuline, réduire l’inflammation et activer l’autophagie. 
  1. Si l’on souhaite pratiquer le jeûne, il faut d’abord s’assurer que l’apport calorique sur la période où l’on mange est suffisant pour couvrir tous les besoins initiaux et ainsi avoir une alimentation suffisamment dense en nutriments et équilibrée sur les repas restants pour subvenir aux besoins fondamentaux et pour compenser les repas non pris.  

Et si je souffre du SOPK en plus de l’endométriose ? 

La situation est un peu différente en ce qui concerne les femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques. Des études ont montré que le jeûne intermittent pourrait améliorer la fertilité des femmes atteintes du SOPK. 

Dans une petite étude réalisée en 2002, des chercheurs ont constaté que les femmes obèses atteintes du SOPK qui limitaient leur apport calorique à 1 000 calories par jour pendant une semaine voyaient leur taux d’hormone lutéinisante, qui régule l’ovulation, augmenter. Dans une autre étude, 15 femmes atteintes de SOPK ont suivi un régime très hypocalorique (~ 471 calories / jour) pendant 7 jours, ce qui a augmenté leurs niveaux déjà élevés de LH et réduit la FSH circulante. Mais dans la même étude, le jeûne a également réduit les taux sériques d’insuline et de leptine chez les femmes (ce qui est positif). 

Sources

[1] Junko Oshima et George M. Martin, « Ageing: Dietary protection for genes », Nature, no 537,‎ 2016, p. 316–317 (DOI 10.1038/nature19427

[II] That Fasting Reduces Inflammation and Improves Chronic Inflammatory Diseases

[III] Trepanowski JF et coll. «Effect of alternate-day fasting on weight loss, weight maintenance, and cardioprotection among metabolically healthy obese adults: a randomized clinical trial». JAMA Intern Med 2017. doi:10.1001/jamainternmed.2017.0936

[IV] Wegman MP, Guo MH, Bennion DM, Shankar MN, Chrzanowski SM, Goldberg LA, Xu J, Williams TA, Lu X, Hsu SI, Anton SD, Leeuwenburgh C, Brantly ML. Practicality of intermittent fasting in humans and its effect on oxidative stress and genes related to aging and metabolism. Rejuvenation Res. 2015 Apr;18(2):162-72. doi: 10.1089/rej.2014.1624. PMID: 25546413; PMCID: PMC4403246.

[V] Samar I. Sharsher, Amany I. Ahmed, Mohamed Metwally, Ahmed Hamed Arisha, Khalifa El- Dawy Ahmed, Intermittent Fasting Decreases Oxidative Stress Parameters and Increases Total Antioxidant Capacity, Volume 12, Issue 5, 2022, 6763 – 6775, https://doi.org/10.33263/BRIAC125.67636775

[VI] Gîlcă M, Soian I, Mohora M, Petec C, Muscurel C, Dinu V. The effect of fasting on the parameters of the antioxidant defence system in the blood of vegetarian human subjects. Rom J Intern Med. 2003;41(3):283-92. PMID: 15526512.

[VII] Bagherniya M, Butler AE, Barreto GE, Sahebkar A. The effect of fasting or calorie restriction on autophagy induction: A review of the literature. Ageing Res Rev. 2018 Nov;47:183-197. doi: 10.1016/j.arr.2018.08.004. Epub 2018 Aug 30. PMID: 30172870.

[VIII] Rodriguez-Acevedo, et al. 2018

[IX] Yavangi M, Amirzargar MA, Amirzargar N, Dadashpour M. Does Ramadan fasting has any effects on menstrual cycles? Iran J Reprod Med. 2013 Feb;11(2):145-50. PMID: 24639740; PMCID: PMC3941357.

Environmental control of biological rhythms: effects on development, fertility and metabolism, Journal of neuroendocrinology, 2014 
Interesting read: Melatonin and stable circadian rhythms optimize maternal, placental and fetal physiology, Human reproduction update, 2013 
Stefan Jordan, Navpreet Tung, Maria Casanova-Acebes, Marie-Luise Berres, Emily J. Gallagher Miriam Merad, Dietary Intake Regulates the Circulating Inflammatory Monocyte Pool, DOI:https://doi.org/10.1016/j.cell.2019.07.050 
MATTSON Mark P., The Intermittent Fasting Revolution, The Science of Optimizing Health and Enhancing Performance 

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