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Stress, anxiété & endométriose

Temps de lecture : 9 minutes

Dans mon article sur « Les émotions et l’endométriose », je vous parlais déjà de l’anxiété comme émotion prépondérante dans le vécu avec la maladie chronique. Elle découle des conséquences avérées et potentielles de la maladie sur notre quotidien. L’anxiété est une forme de stress qui se prolonge dans le temps. Il m’a semblé important de consacrer un article spécifique à ce sujet du stress tant il y a à dire sur l’impact de celui-ci sur notre santé avec l’endométriose.

L’endométriose amène avec elle toute une série de difficultés émotionnelles et psychologiques

Dans mon article sur « Les émotions et l’endométriose », je vous citais les raisons qui font que l’endométriose génèrent un grand nombre de difficultés psychologiques.

Le parcours avec la maladie chronique, depuis l’errance diagnostique jusqu’au vécu quotidien avec la maladie en passant par me diagnostic en lui-même nous fait passer par toute une série d’émotions plus ou moins faciles à accueillir.

Ces émotions peuvent s’installer dans la durée et perturber notre vie quotidienne. C’est le cas de l’anxiété (et plus globalement du stress) que l’on peut ressentir avec l’endométriose.

Le stress et l’endométriose se nourrissent mutuellement

Comment fonctionne notre système nerveux ?

Un système à l’interface de tous les autres systèmes

Le système nerveux est à l’interface de tous les systèmes du corps : système endocrinien/hormonal, système immunitaire, système digestif, système urinaire, etc.

Et cela nous intéresse particulièrement car l’endométriose est une maladie systémique qui concerne d’abord le système reproducteur de la femme, et donc le système hormonal (hormones sexuelles mais aussi les hormones comme le cortisol, l’insuline, etc.), mais aussi le système immunitaire (inflammation), le système digestif (microbiote, transit, etc.), le système urinaire (cystite interstitielle), etc.

Le système nerveux : un emboîtement de plusieurs systèmes

Le système nerveux est constitué du système nerveux central (cerveau et colonne vertébrale) et du système nerveux périphérique. Si le système nerveux central est le centre de commandement de l’organisme, le système nerveux périphérique (SNP) représente la ligne de front. Le SNP relie le SNC aux récepteurs sensoriels, aux muscles et aux glandes endocrines du corps.

Le système nerveux périphérique comprend lui-même le système nerveux somatique (qui régule les activités volontaires telles que les mouvements musculaires) et le système nerveux autonome.

Le système nerveux autonome (SNA) régule les activités qui ne sont pas sous contrôle conscient et comporte deux divisions opposées l’une à l’autre : les systèmes nerveux sympathique et parasympathique. Le système nerveux sympathique est impliqué dans la préparation du corps au comportement, en particulier en réponse au stress, en activant les organes et les glandes du système endocrinien. Le système nerveux parasympathique est actif pendant les périodes de repos.

Le système nerveux est conçu pour nous protéger du danger par son interprétation et ses réactions aux stimuli. Mais l’une des principales fonctions du système nerveux autonome est d’interagir avec le système endocrinien pour déclencher des substances chimiques qui constituent un autre système permettant d’influencer nos sentiments et nos comportements.

Système nerveux et système hormonal : deux systèmes étroitement imbriqués

On ne peut donc parler de système nerveux sans parler de système hormonal puisqu’on le voit, les deux sont étroitement liés.

Ces deux systèmes travaillent en collaboration pour influencer de nombreux aspects du comportement humain, notamment la croissance, la reproduction et le métabolisme.

Et au centre de cette collaboration se trouve l’axe hypothalamus-hypophyse, deux glandes situées dans le cerveau qui constituent les tours de contrôles des activités endocriniennes.

L’hypothalamus reçoit de l’information en provenance des nerfs périphériques et il exerce une régulation hormonale en fonction de ces informations : température du corps, température extérieure, taux de glucose, entourage social, etc. au travers de l’hypophyse.

L’hypophyse est une caricature de cette imbrication étroite entre les systèmes nerveux et hormonaux.

C’est d’ailleurs l’axe hypothalamo-hypophysaire qui va déclencher par rétro-action l’ovulation.

On le voit bien le rôle du système nerveux sur l’endométriose par le biais des hormones principalement, mais aussi des autres systèmes, est fondamental.

Et pour permettre l’homéostasie, l’équilibre de tous les systèmes, il est nécessaire que le système nerveux soit apaisé.

Si tu ressens beaucoup d’anxiété, de stress et d’inquiétude avec l’endométriose, ton système nerveux est mis à rude épreuve et va alors induire des fonctionnements perturbateurs du système hormonal (et des système immunitaire, digestif, urinaire, …) pouvant accroître les symptômes de l’endométriose voire le développement de la maladie.

Les symptômes qui montrent que notre système nerveux est dérégulé

Les signes que ton système nerveux est dérégulé

C’est un cercle vicieux qui peut être transformé en cercle vertueux.

Le cercle vicieux entre anxiété/stress et endométriose

Pourquoi l’endométriose génère du stress et de l’anxiété ?

Le stress et l’anxiété entretiennent le développement de l’endométriose

Dans son livre « Quand le corps dit non, le stress qui démolit », le médecin canadien Gabor Maté explique que les émotions, et le stress en particulier, sont un facteur contributif décisif de l’apparition des maladies chroniques auto-immunes. Il y décrit les effets du stress sur la santé, plus particulièrement du stress caché que nous générons tous en raison d’une « programmation » précoce.

Mentionnant la psychoneuroimmunologie (une discipline qui explore comment notre état psychologique et nos processus neurologiques affectent le fonctionnement de notre système immunitaire), il fonde sa théorie sur la proximité des systèmes nerveux et hormonaux (axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien) et sur le fait que le stress inhibe le système immunitaire.

Le stress et l’anxiété augmentent l’inflammation qui est un des facteurs de développement de l’endométriose

Les recherches ont montré que le stress entraîne une réponse inflammatoire dans l’organisme, pouvant accentuer les symptômes des maladies chroniques inflammatoires telles que l’endométriose. Par ailleurs, le stress

  • induit des retards dans la régénérescence des tissus ;
  • inhibe les activités des cellules inflammatoires qui jouent un rôle dans la cicatrisation en faisant augmenter les taux de cortisol ;
  • abaisse l’activité des cellules NK (cellules qui participent à la mort cellulaire et donc à la destruction des cellules anormales).

Selon Gabor Mate, notre capacité (ou plutôt notre incapacité) à exprimer nos émotions et à dire non peuvent contribuer à l’apparition de n’importe quelle maladie chronique (parmi lesquelles l’endométriose) en créant un stress chronique sur le long terme. La maladie est ainsi selon lui le moyen dont l’organisme dispose pour se rebeller contre ce que l’esprit ne reconnaît pas.

Dans son livre “Anti-cancer” David Servan Schreiber consacré un chapitre entier au rôle du mental et de l’état d’esprit dans la victoire sur la maladie chronique.

Selon lui la plupart des patients diagnostiqués de cancer ont vécu dans les mois ou années qui ont précédé le diagnostic une intense période de stress. Et il précise que ce stress provient d’un sentiment terrible d’impuissance ou de désespoir : “le sentiment que notre vie ne [leur] appartenait plus, qu’il n’y avait plus de joie à attendre”. David Servan-Schreiber assoit ses propos sur un grand nombre d’études scientifiques étayant son propos.

Mon expérience par rapport à ces affirmations

C’est étonnamment une expérience que j’ai faite personnellement avec l’endométriose depuis que je vis avec mais aussi que je constate chez les femmes que j’accompagne. Lorsque chacune de nous se porte et reçoit juste assez d’amour pour survivre et se charge de multiples obligations à remplir de son mieux pour maintenir les apparences tout en étouffant ses émotions, nous modifions notre terrain physiologique notamment par la modification des hormones que nous sécrétons. Cela a un impact énorme sur notre système immunitaire. Et on sait aujourd’hui le rôle que joue le système immunitaire dans l’endométriose.

Pour la grande majorité d’entre nous, quand nous nous reconnectons à notre joie profonde et que nous arrivons  à nous éloigner “des obligations si lourdes qu’elles provoquent une sensation d’étouffement” nous pouvons arriver à prendre le dessus sur la maladie.

Il est entendu qu’aucune situation de stress ne peut déclencher l’apparition de l’endométriose. En revanche, en modifiant le terrain, ce sentiment d’impuissance a un impact sur l’expression des symptômes et sur l’évolution de la maladie.

Des études montrent l’impact du stress sur l’endométriose

Des études montrent ainsi qu’« un stress non contrôlé favorise les mécanismes de la maladie et accélère la croissance des lésions chez les rongeurs » et que « la “contrôlabilité” du stress influence la pathophysiologie, offrant la possibilité d’utiliser des techniques de gestion du stress chez les patients. L’interaction entre le stress, l’inflammation et la douleur par l’intermédiaire de l’axe HPA indique que le soulagement du stress devrait atténuer l’inflammation et, par conséquent, diminuer les réponses douloureuses. Cela ouvre la possibilité de modifier les voies cerveau-corps-cerveau comme nouvelle option thérapeutique potentielle pour l’endométriose ».[1]

Ce stress peut se manifester sous la forme d’un syndrome de stress post-traumatique, peut être inscrit dans les cellules par le biais des mémoires transgénérationnelles ou peut être vécu de manière chronique depuis l’enfance

De mon côté, je crois profondément que plusieurs clés ouvrant le chemin de résilience avec l’endométriose découlent de ces études sur l’impact de l’impuissance sur notre santé.

Ainsi, pour moi, je me suis rendue malade, littéralement, en carburant au stress, à la peur, la division. Je me suis rendue malade en m’oubliant, me négligeant pour tout le monde autour de moi, même des inconnus, pour plaire coûte que coûte. Je me suis rendue malade à force de choisir l’harmonie avant tout, par peur de déranger, de faire des vagues. Je me suis rendue malade à force de sentir que je ne serai jamais assez bien pour être aimée (perfectionnisme). Je me suis également rendue malade en acceptant des moules et étiquettes qui ne me correspondaient pas.

Quelques pistes pour travailler sur l’impact du stress sur notre corps

Face à ce constat, je vous livre quelques-unes de ces clés en termes de postures (vous trouverez dans le paragraphe suivant des clés en termes d’accompagnement thérapeutique) :

  • il est fondamental de se choisir dès l’enfance : être radicalement soi et de savoir ce qui nous rend réellement heureux et de dire mer… à tout le reste
  • il est fondamental d’être qui on est, de faire ce qu’on aime, d’avoir du plaisir, de refuser le stress, etc.

Par ailleurs, en utilisant des méthodes comme l’EMDR, l’ostéopathie intrapelvienne , le Breathwork ou la méthode des tremblements, j’ai pu travailler sur ce stress qui était logé dans mon corps depuis tant de temps.

La méthode TRE ou méthode des tremblements

TRE est l’acronyme utilisé pour Tension Releasing Exercises ou en français « exercices de libération des tensions ». Les Anglo-saxons utilisent aussi le terme de « shaking ».

Développée aux États-Unis, cette technique est composée d’un ensemble de six exercices qui s’appuient sur un processus naturel appelé tremblements musculaires neurogéniques. Ce mécanisme naturel est déclenché par le corps lui-même afin de se libérer du stress (pensez à l’expression « trembler de peur ») et dissoudre les tensions chroniques de l’intérieur du muscle de manière à remettre à zéro le système neuro-musculaire pour qu’il retrouve un état de tranquillité.

Cette technique a la particularité d’utiliser un phénomène naturel qui trouve son origine au plus profond du corps dans les muscles Psoas. Et ces muscles tiennent une place particulièrement importante dans le corps de la femme, car ils partent de sous les côtes, traversent le bassin et vont jusque dans la cuisse. Les exercices se présentent sous forme de mouvements et de positions simples utilisés pour mettre en tension les muscles en douceur. Ces mouvements et ces positions déclenchent des tremblements musculaires.

Une fois les tremblements déclenchés, on laisse le phénomène se faire afin de permettre le relâchement naturel des tensions. Le corps résout ainsi par lui-même les traumatismes sans qu’il y ait besoin de passer par la parole ou de se remémorer des évènements spécifiques.

Le Breath Work

Le Breath Work, ou respiration holotropique ou encore transformational breath, est une technique qui repose sur l’hyperventilation. Méthode développée dans les années 1970 aux Etats-Unis, elle permet d’atteindre un état de conscience modifiée sans utilisation de substance illicite.

En effet, la respiration par hyperventilation modifie l’afflux de sang dans le corps et donc dans le cerveau. Au bout de quelques minutes la partie analytique de notre cerveau se met en veille. L’hypothalamus va sécréter de l’endorphine vers les glandes endocrines.

Cet état de conscience modifiée permet d’accéder à un espace de calme intérieur où le mental se met sur « off » et où la connexion à soi-même peut se faire autrement. Lors de la pratique, les personnes éprouvent le plus souvent un relâchement des tensions, une régulation du mental, une libération des émotions contenues et un apaisement.

En outre, l’oxygénation va permettre une sorte de détox énergétique.

Vous pouvez regarder ce que propose Susan Oubari (généraliste), Camille Tomat (plus spécifiquement sur l’anxiété) ou Amélie Clergue Vaures (spécifiquement sur la fertilité) sur le sujet.

L’EMDR

EMDR est l’acronyme pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing c’est-à-dire désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires.

Il s’agit d’une psychothérapie qui permet de résoudre les conséquences psychologiques, physiques, relationnelles liés à des évènements traumatisants du passé (évènement constituant un facteur de stress intense ou d’effroi, face auxquels la personne s’est sentie impuissante comme un deuil, un accident de la circulation, une maladie mortelle, un attentat, des maltraitances physiques et psychologiques, sexuelles, une catastrophe naturelle, etc.).

Son efficacité est reconnue par l’Organisation mondiale de la Santé[2], l’INSERM[3] et la Haute Autorité de santé[4].


[1] Appleyard CB, Flores I, Torres-Reverón A. The Link Between Stress and Endometriosis: from Animal Models to the Clinical Scenario. Reprod Sci. 2020 Sep;27(9):1675-1686. doi: 10.1007/s43032-020-00205-7. Epub 2020 Jun 15. PMID: 32542543; PMCID: PMC9262098.

[2]https://www.who.int/fr/news/item/06-08-2013-who-releases-guidance-on-mental-health-care-after-trauma

[3] Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. Expertise scientifique réalisée par l’unité Inserm U1178 à la demande du Ministère de la Santé (Direction Générale de la Santé). Juin 2015

[4] Haute autorité de santé. Guide Affection de longue durée. Affections psychiatriques de longue durée – Troubles anxieux graves. Juin 2007.

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